L’Église Saint-Hilaire de Lassay-sur-Croisne
Au cœur du bourg de Lassay-sur-Croisne se dresse un édifice dont la sobre élégance n'a rien à envier aux grandes cathédrales : l'église Saint-Hilaire, classée Monument Historique depuis 1862, est un joyau du gothique flamboyant intimement lié à l'histoire du village et à la figure de son grand bâtisseur, Philippe du Moulin.
Une église née de la volonté d'un seigneur
L'église primitive de Lassay-sur-Croisne datait du XIIe siècle et était fort simple. La paroisse ne fut pas créée avant cette date par les moines augustins de Saint-Côme de Tours, ordre dont la fondation eut lieu en 1092. De cet édifice roman originel, il ne subsiste que quelques pans de murs.
L'église actuelle a été entièrement reconstruite en calcaire et en moellons en 1494 par Philippe du Moulin, en même temps qu'il construisait et embellissait son château situé à 2 km du village. Conçue sur les plans de l'architecte Jacques de Persigny, elle est de style gothique flamboyant — le même maître d'œuvre qui signa le château du Moulin, faisant des deux monuments un ensemble artistique cohérent et unique en Sologne.
Cette église est inscrite au titre des monuments historiques depuis 1862, car elle présente, avec le château du Moulin dont elle est indissociable, un intérêt national.
L'architecture : sobriété et raffinement gothique
La façade occidentale
Le bâtiment dispose, sur la façade occidentale, d'une rose flamboyante et d'une porte ornée. Les gâbles et pinacles sont ornés de choux frisés, détails sculptés caractéristiques du gothique flamboyant tardif, qui témoignent du soin apporté à chaque pierre de l'édifice.
La nef et le chœur
L'édifice comprend une nef unique et un chœur à deux travées. En 1833, la chapelle mortuaire de Philippe du Moulin fut démolie et les voûtes d'ogives du chœur, effondrées, remplacées par des lambris de couvrement — une intervention qui modifia sensiblement l'aspect intérieur tout en préservant l'essentiel du bâti médiéval.
Les trésors intérieurs
Le saint Christophe : une fresque ressuscitée
Le trésor le plus saisissant de l'église est sans doute sa peinture murale de la fin du XVe siècle. Elle représente un imposant Saint Christophe qui porte l'Enfant Jésus sur son épaule — et à gauche, on aperçoit dans le paysage une représentation du château du Moulin lors de sa construction, tableau unique au monde. La fraîcheur et la palette de couleurs conservées sont remarquables.
Ce chef-d'œuvre a bénéficié d'une restauration récente menée par l'Atelier Moulinier, dont les résultats ont été salués comme un magnifique exemple de ce que peut accomplir le patrimoine vivant.
Un pape mystérieux
Moins célèbre mais tout aussi intrigante, une peinture à la détrempe du début du XVIe siècle orne l'une des piles à gauche du chœur : elle représente un pape debout, vêtu d'une chape, coiffé d'une tiare, bénissant de la main droite et tenant de la main gauche une croix à double traverse, un nimbe derrière la tête.
Selon la tradition locale, il s'agirait d'une représentation d'Alexandre VI, le pape auprès duquel Philippe du Moulin serait venu expier ses fautes lors de son pèlerinage à Rome.
Le tombeau de Philippe du Moulin
Dans la chapelle seigneuriale, le tombeau comprenant le gisant mutilé en pierre sculptée de Philippe du Moulin a été placé.
Ce dernier avait en effet demandé à ce que son cœur y soit déposé. Journées du Patrimoine Un témoignage touchant de l'attachement du seigneur à l'église qu'il avait lui-même fait bâtir.
Le mobilier classé
L'église abrite un ensemble mobilier d'une grande richesse, intégralement classé aux Monuments Historiques. Le retable principal en pierre sculptée du XVIIIe siècle et son haut-relief représentent les Pèlerins d'Emmaüs. Le maître-autel et le tabernacle sont en bois polychrome.
S'y ajoutent les fonts baptismaux, plusieurs statues de bois et de pierre des XVe et XVIe siècles, ainsi qu'une cloche ancienne.
La pierre des morts : une curiosité unique en Sologne
En pénétrant dans l'enclos de l'église, le visiteur attentif remarquera une dalle de pierre rectangulaire, soulevée sur deux supports, formant une sorte de table basse.
Lassay possède la seule pierre des morts de Sologne — cette dalle servait autrefois à déposer les cercueils avant l'entrée du cortège funèbre dans le sanctuaire. Un vestige d'usage liturgique médiéval qui fait de ce petit cimetière de village un lieu d'histoire à part entière.
Une restauration exemplaire, une vie culturelle renouvelée
Au fil des années, la commune a mené plusieurs campagnes de restauration : toiture, voûte lambrissée de la nef et du chœur, pavement, porche, peintures murales et soubassements. Lassay-sur-Croisne Le résultat est unanimement salué : l'église Saint-Hilaire a retrouvé la fraîcheur de ses couleurs et la richesse de ses pierres.
Aujourd'hui, l'église ne se limite pas à son rôle cultuel traditionnel. Elle est aussi un lieu de vie culturelle, accueillant des concerts — notamment à travers l'association Saint-Denis Saint-Hilaire — et restant ouverte pour célébrer mariages, baptêmes et obsèques. Lassay-sur-Croisne Un monument bien vivant, au cœur du village.
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